10/06/2008

Kratie

Apres avoir traverse la frontiere lao-cambodgienne a Don Cralaw, nous avons effectue un court trajet en minivan jusqu'a Stung Treng, la premiere ville cambodgienne rencontree sur cette route entierement refaite par les Chinois, tres actifs dans cette region du monde. Nous avons ensuite rejoint Kratie, 150 km plus au Sud, a bord d'un taxi partage, le moyen de transport local, ce qui signifie a 7 personnes dans une voiture americaine a boite automatique, a rouler a 110 km/h sur une petite route bosselee (pas refaite par les chinois celle la) traversant de nombreux villages. Inutile de preciser que lorsque notre klaxon se faisait entendre pietons, cyclistes ou motards se jettaient dans le bas cote pour nous laisser passer... Par rapport au Laos, on est un peu surpris par la densite de population, beaucoup plus elevee ici. Il y a en effet quelques 15 millions de cambodgiens, contre seulement 4 millions de laotiens pour un territoire pourtant 1,5 fois plus petit. Cela rend tout de suite les villes et villages un peu plus grands, un peu plus sales, un peu moins calmes, mais on est evidemment tres tres loin de l'Inde par exemple.
Kratie est une petite ville situee sur les bords du Mekong, qui est ici connu pour abriter une petite colonie de dauphins Irrawaddy, rare espece menacee de dauphins vivant en eau douce, et dont quelques centaines seulement de specimen sont encore en vie, dans cette partie du Mekong et dans le delta du Gange au Bangladesh notamment. Ces dauphins ont une grande faculte d'adaptation, puisqu'ils peuvent survivre a la fois en eau douce et en eau de mer. Les couchers de soleil sont souvent magnifiques a Kratie, notamment a cette periode de l'annee, et les formations nuageuses dues a l'intense evaporation qui a lieu toute la journee a cause de la chaleur et du soleil ecrasant sont assez incroyables.
Motos taxi en attente de clients
Coucher de soleil sur le Mekong
Bizarres formations nuageuses, toutes eclairees differemment
Depuis Kratie nous avons remonte le Mekong a moto, a travers les rizieres et les petits villages cambodgiens pour nous rendre a Kampi, d'ou il est le plus facile de voir des dauphins. Une colonie d'une petite vingtaine vit ici dans des puits sous-marins au milieu du fleuve, et il nous a suffi de rester assis sur un banc sur la berge a observer l'eau pour en voir en-veux-tu-en-voila. On les apercoit lorsqu'ils remontent respirer a la surface, et il ne faut pas attendre d'eux des acrobaties a la flipper, mais de ce qu'on en a vu ils ressemblent pas mal a leurs cousins d'eau salee. Tres difficile par contre de les prendre en photo depuis la rive, surtout avec nos vieux appareils...
Campagne cambodgienne au bord du Mekong
Les dauphins Irrawaddy du Mekong

09/06/2008

Si Phan Don

Notre derniere destinatination au Laos fut Si Phan Don, qui signifie litteralement "les 4ooo iles". Il s'agit d'une region a l'extreme sud du Laos ou le Mekong s'elargit et se deverse en chutes d'eau dans le Cambodge. Une region immense est ainsi recouverte par le fleuve mythique formant un labyrinthe d'iles et ilots. Nous sommes arrives de nuit a Si Phan Don, apres un trajet "a la locale" de trois heures sur le banc d'un "bus" ne de la rencontre d'un camion a benne et d'un pousse-pousse.
Campagne de Nakasang, non loin de la ou l'on prend le bateau
Arrives sur place une laotienne nous fait un rapide cours d'economie appliquee. Pour aller a l'ile qui se trouve a 5 min de bateau, autant dire rien du tout pour des gens nes sur le Mekong, la "matronne" des lieux demande un prix exorbitant. Nous essayons de demarcher un pecheur qui part pour notre destination finale, mais "mamie" (comme on a fini par l'appeler tres vite) vient s'interposer et finalement ruine toutes nos chances. Tous les pecheurs du coin la craignent, mamie "is watching you" et quoique l'on fasse il faut payer le prix qu'elle a fixe. Evitant de peu le meurtre avec premeditation, nous embarquons finalement pour l'ile de Don Det, la seule abordable a cette heure-ci de la nuit fraichement tombee, alors qu'a la base nous comptions aller a Don Khon, une ile plus tranquille et plus authentique. Mamie a certes gagne la premiere manche mais nous nous sommes mieux debrouilles le second jour. Pourtant tout avait mal commence quand, arrives au village de mamie, on apprend qu'elle controle non seulement les bateaux mais aussi les "moto-taxi" seul moyen pour aller visiter les chutes d'eau du Mekong non loin. Evitant encore de justesse un meutre par noyade nous finissons par errer sans trop savoir que faire au milieu du village. C'est alors que nous rencontrons un villageois assez etrange aux premiers abords qui veut faire du business avec nous dans le dos de la matronne. C'est ainsi qu'il nous laisse sa 110 cc, en piteux etat, pour qu'on aille visiter les chutes de Khon Pha Peng. Ces chutes, tres violentes, ne sont certes pas tres hautes, font une centaine de metres de large, mais surtout sont d'un debit impressionnant rappelant celui d'une chasse d'eau geante. Les rapides que forme le Mekong au niveau de ces multiples chutes a la frontiere entre le Cambodge et le Laos sont pretendus etre des "trappes a mauvais esprits". La peche se fait ici a la Laotienne, on tend d'enormes paniers et l'on part faire la sieste non loin en attendant que le poisson soit pris au piege.
Khon Pha Peng
Panier de peche sur le Mekong
De retour au village nous cherchons a rendre la moto a son proprietaire. Apres avoir parcouru le village sans succes nous comprenons que le meilleur moyen de remonter jusqu'a lui est de montrer a tous les villageois que l'on croise la plaque de la moto et d'attendre que cela evoque quelque chose chez eux. Finalement ca marche et nous le retrouvons chez lui au fin fond du village. On lui demande au passage s'il n'y a pas possibilite d'aller sur l'ile Don Khon (qui nous interesse depuis la veille) sans passer par mamie.
Notre villageois salvateur
Il se trouve qu'il a un bateau et accepte de nous amener. C'est le debut d'une grande scene de film d'espionnage. Pour ne pas que mamie sache que notre villageois l'a trahie, il nous fait passer discretement par derriere le village tandis que lui fait le tour par l'autre cote pour recuperer son bateau. Nous abordons entre deux roseaux a l'ecart des regards indiscrets et s'ensuit une traversee camoufflee au milieu des herbes, slalomant entre les petites iles reculees des grandes routes, une experience inoubliable... L'ile de Don Khon n'a rien a voir avec sa jumelle Don Det, veritable ghetto a touristes. Don Khon, c'est calme, c'est la vie de village avec sa partie de petanque en fin de journee, et sa campagne paisible ou les gens ne sont pas presses.
Don Khon
Moine au milieu des rizieres
Coucher de soleil au bord du Mekong sur Don Khon
Le lendemain nous nous sommes balades sur Don Khon, profitant des gens et de l'ambiance tranquille de l'ile. Nous sommes alles voir une cascade du mekong, qui elle aussi capture les mauvais esprits, quelques ruines laissees par les francais, et nous avons rencontre des enfants se baignant dans le Mekong.
Les garcons, plutot agites ...
Les filles, adorables ...
Le Laos est une destination phare de notre voyage. Pourtant il n'y a pas de machu picchu, ni de taj mahal, il n'y a pas de montagne digne de ce nom, il n'y a pas non plus d'artisanat d'une qualite hors du commun, ni de temples fabuleux. Non, le Laos c'est avant tout les laotiens, "Baw Pen Niang"(no problem), les hamacs, et l'esprit "tranquille". C'est un de ces pays que l'on recherche en tour du monde, un pays ou les mots petit budget, moto, et grands espaces, vous invitent au depaysement. Notre passage sur le plateau de Bolaven fut une grande experience a la rencontre des gens dans un road trip au fin fond de la campagne du sud. Nous tournons donc maintenant a regret la page du Laos pour continuer notre voyage par le Cambodge et les vestiges du vaste empire Khmer.
Derniers instants au Laos ...

Champasak

Depuis Pakse, nous avons reloue une journee nos fideles motos pour nous rendre a Champasak, un peu plus au Sud, ou se trouvent les ruines d'un ancien important temple Khmer, Wat Phu. Les ruines s'etagent sur plusieurs niveaux sur les flancs d'une petite montagne, dominant les plaines du Mekong en contrebas. La vue du sommet est superbe, et les ruines tres jolies malgre une restauration assez catastrophique entreprise par les Laotiens conjointement avec une equipe italienne (assurement le duo perdant, rien a voir avec l'efficace duo Thai-Allemand qui a restaure les ruines Khmer de l'Isan), avec notamment une scandaleuse plaque de tole posee sur le sommet du sanctuaire principal pour l'abriter de la pluie, ou comment faire du sale boulot sans trop se fatiguer... Mais comme toujours au Laos, ce n'est pas tant la beaute ou la richesse culturelle du site qui importent, mais plutot les rencontres qu'on y fait. Nous sommes restes plus d'une heure a discuter avec une laotienne vendeuse d'eau d'une trentaine d'annees au sommet des ruines, a regarder le Mekong au loin, avec nos rudiments de laotien et l'aide du lonely planet. Nous avons papote de tout et de rien, des moustiques et de la malaria, des sangsues du plateau de Bolaven, de mes cheveux blonds, de ses trois enfants et de Champasak, des falang qui ne font aucun effort ne serait ce que pour apprendre quelques mots de laotiens... Bref une visite encore une fois rendue geniale non pas par le site lui meme, finalement joli mais sans grande pretention, mais par le contact avec les Laotiens, ces gens si sympathiques et amusants.
Les ruines Khmer de Wat Phu Champasak
Vue sur les plaines du Mekong en contrebas Nos amies laotiennes vendeuses d'eau
Il etait ensuite malheureusement temps de retraverser le Mekong avec notre moto, sur les petites pirogues qui font la navette entre les deux rives, pour regagner la route de Pakse, qui traverse rizieres et superbes petits villages au bord du Mekong. Nous y sommes finalement arrives en debut d'apres midi apres nous etre abrites dans une petite cahute en bord de route ou vivait une famille laotienne pour eviter une grosse averse. Prochaine et derniere etape avant de quitter ce pays incroyable : Si Phan Don, les 4000 iles sur le Mekong.

05/06/2008

Plateau de Bolaven : de Sekong a Paksong

De Sekong, nous faisons une trentaine de kilometres vers le Sud, toujours au pied du plateau de Bolaven, avant d'arriver au petit village de Ban Phu Kham, d'ou part la piste qui monte sur le plateau et rejoint Paksong apres un peu plus de 70 km. Derniere occasion de faire le plein avant bien longtemps, on se fait donc remplir nos reservoirs a la station service du coin, une petite echoppe en bord de route avec deux gros bidons et un tuyau que l'on doit nous-memes maintenir.
La station service du coin
Apres ca, il est l'heure de prendre la piste ! Comme nous sommes maintenant en pleine saison des pluies, il pleut abondamment presque chaque jour, en de courtes mais tres violentes averses, si bien que la piste que nous empruntons est transformee en boue la plupart du temps, ultra glissante, et parfois recouverte de gigantesques flaques. Pour couronner le tout, nous nous ramassons une grosse averse juste au sortir de Ban Phu Kham, histoire que tout soit vraiment detrempe. La conduite est donc rendue pour le moins sportive, parfois delicate, mais on ne peut plus amusante !
Deux courageux motards sur la piste boueuse qui rejoint Sekong !
Au Km 17, les chutes d'eau les plus impressionnantes du Laos se trouvent au detour d'un virage, cachees par la vegetation et tres faciles a manquer. Nam Tok Katamtok est tout simplement monstrueuse : cette cascade fait plus de 120m de haut et un impressionnant debit d'eau se deverse d'un epais couvert de vegetation, faisant un vacarme assourdissant. Apres avoir fait le menage dans les branchages et bambous qui nous empechent de bien la voir, nous avons un superbe point de vue sur Katamtok, l'occasion de prendre quelques belles photos. La piste continue ensuite, franchissant de nombreux ponts, en plus ou moins bon etat, a travers une vegetation dense et luxuriante pour finalement nous conduire au sommet du plateau de Bolaven. C'est la que nous commencons a traverser de magnifiques petits villages de cases en bambous sur pilotis, majoritairement peuples par les Laven, l'ethnie apres laquelle le plateau a ete nomme. Les Laven cultivent ici du cafe et c'est ce qui rend le nom de Bolaven connu au Laos : ce cafe est parait-il l'un des tous meilleurs et peut se vendre tres cher ! Les gens dans ces villages sont en tout cas adorables, souriant et faisant de grands signes a chaque fois qu'une moto passe. Tous les enfants viennent se presser au bord de la route pour nous dire bonjour et sont tres contents d'avoir un "Sabaidii" (bonjour en laotien) en retour. Nous sommes chanceux, le ciel est degage et nous beneficions d'un temps magnifique pour ce qui restera une des plus belles journees de notre voyage.
La piste continue vers Sekong, a travers la foret luxuriante
Villages Laven au sommet du plateau
Cases sur pilotis
Celle la n'est probablement plus habitee !
Apres un peu plus de 3 heures de route nous finissons par arriver a Paksong, et en dehors de quelques petites frayeurs sur la piste excessivement glissante, aucun incident n'est a deplorer. Autour de Paksong se trouvent deux autres magnifiques cascades auxquelles nous nous rendons dans l'apres midi : Tat Yuang et Tat Fan. Cette derniere est probablement la plus haute du Laos, et pourrait concurrencer Katamtok si le point de vue n'etait pas autant envahi de touristes thailandais venus a la journee en troupeaux depuis Pakse.
Tat Yuang Tat Fan
En soiree nous trouvons une guest house sympa dans Paksong, dont les accueillants gerants Laotiens ont domestique une petite famille de gibbons qui divertissent les farang de passage.
Gibbon farceur
Le lendemain, il ne nous reste qu'une petite cinquantaine de kilometres de route goudronnee en excellent etat pour revenir a Pakse, ou nous arrivons donc avant midi. Ces 4 jours et quelques 500 km de road trip a moto autour du plateau de Bolaven resteront assurement l'une des plus belles experiences de notre voyage, tant les paysages traverses et les gens rencontres nous ont marques, sans parler du cote fun de la conduite a moto. On a maintenant hate de remettre ca, pourquoi pas au Cambodge !

Plateau de Bolaven : de Pakse a Sekong

Le plateau de Bolaven est une zone reculee et tres pauvre du sud du Laos. Il a particulierement ete touche par les bombardements americains, si bien qu'aujourd'hui il fait l'objet d'une attention particuliere des nations unies qui tentent de preserver les ethnies locales et de deminer la zone. De multiples ethnies animistes peuplent le plateau et y cultivent le the et le cafe. Ajourd'hui la route goudronnee relie les principales villes de la region mais les pistes offrent des alternatives plus sauvages et authentiques. C'est ainsi que nous nous sommes lances dans l'exploration de ce magnifique plateau en moto dans un "road trip" de 4 jours et 3 nuits.
Nous avions chacun une 110 cc et un petit sac avec le necessaire pour les quelques jours a venir. Nous sommes partis de Pakse, la grande ville du sud, et nous avons pris la route du nord vers Utayan Bajiang Champasak, un site "eco-touriste" avec une cascade originale et des familles tribales Katu, Nge, et Laven. Ces familles ont longtemps vecu reculees et en autarcie, et ce n'est que recemment que la piste les a reliees au monde exterieur. Aujourd'hui un complexe touristique emploie les jeunes de ces minorites ethniques et tente de preserver les villages en redistribuant les retombees du tourisme. C'est ainsi qu'on peut visiter le "village musee"sorte de zoo humain ou l'on presente les diverses tribus et leur habitat.
Pont en bambou devant la cascade
Maison dans les arbres
Les enfants du village avec Russel
Nous avons continue la route jusqu'a la cascade de Tat Lo. Apres avoir pose nos affaires, nous sommes partis sur les pistes des environs pour visiter une cascade, Tat Suong, non loin avec un superbe panorama sur la vallee en contre bas.
Pont a Tat Lo
Tat Suong
Le lendemain nous sommes alles a Sekong, la grande ville a l'est. Nous avons pris la piste puis la route, traversant des villages animistes Katu et Alak aux maisons si caracteristiques. Les villageois construisent leur cercueil de leur vivant et l'entreposent sous leur maison sur pilotis.
Au bord de la route...
Arrives a Sekong nous avons fait un tour dans les environs pour aller voir deux cascades. Le temps etait magnifique et la route dans ces campagnes "reculees" nous offrait des paysages a couper le souffle.
Rizieres
Maison dans la campagne de Sekong
Paysages au bord de la piste
Embouteillage commun sur la route
La premiere cascade que nous avons visitee etait Tat Se Noi. Nous nous sommes perdus sur la piste menant au site, et apres avoir roule quelques centaines de metres, nous avons apercu un 4x4 non loin du bas-cote. Apres avoir rejoint le groupe devant le 4x4, nous nous sommes rendus compte qu'il s'agissait d'un groupe de demineurs en plein travail, ou plutot en pleine pause (on est au Laos), a l'oeuvre pour deminer la region. Retournant prudemment sur nos pas nous avons enfin fini par trouver cette magnifique cascade de plus de 100 m de long.
Demineurs de l'UXO
Tat Se Noi
En revenant sur Sekong, nous nous sommes arretes a Tat Faek, ou nous nous sommes baignes apres qu'un pecheur au filet ait fini sa peche quotidienne.
Peche au filet
Tat Faek
Le soir a Sekong, nous sommes alles prendre un verre sur les bords du Se Kong pour voir le coucher du soleil. Une fois la commande de BeerLao et les places en terrasses prises nous nous sommes apercus que nous etions dans un bar ou des attentions plus intimes de la serveuse pouvaient aussi etre louees... Merci au Lonely Planet !